Publié par ABGRALL

Le cerveau social

Préambule

Les articles que vous trouverez ci-dessous ont pour finalité la redaction d'un livre. Ce livre sera édité chez ESF, normalement. Chaque article sera contributif. Vous trouverez sur le site "framapad" le texte que vous pourrez commenter et modifier. Les réflexions diverses vont créer le livre

Pour apporter votre contribution voici le lien : https://jeanphilippeabgrall.framapad.org/4

Le cerveau social

Le développement de soi par imitation d’autrui est un phénomène reconnu par les partisans de l'acquis, opposés aux innéistes. On l'observe aussi en éthologie, chez certains primates, et même chez des insectes: des larves d'abeilles génétiquement agressives, placées dans une colonie douce, deviennent dociles . Il y a apprentissage par miméttisme. Aujourd’hui, l’observation directe n’est pas la seule voie permettant l’acquisition de la culture. Il y a une communication immédiate dans la lecture d’autrui par l’intégration d’éléments vécus, éprouvés, antérieurs à la réflexion ou au raisonnement personnel qui permet de s’identifier à un groupe de pensées de référence. Toute lecture, quel qu'en soit le support, a une influence sur le cerveau du lecteur. Chaque élément lu contient un "savoir" (conceptuel ou non) que nous intégrons à nos connaissances. Cela peut être infime ou imperceptible, mais dans la mesure où cela a un sens, nous l’analysons pour que ce texte prenne sens et donc s’intègre aux éléments de pensée existants qui lui permettent justement d’avoir une signification. Mais notre capacité d’intégration va plus loin, nous extrapolons à la fois ce que nous lisons et ce que nous comprenons. C’est un phénomène d’anticipation de ce qui pourrait être dit ensuite, et de ce que nous pourrions en penser. C’est ce que nous retrouvons dans la théorie de l’esprit (TDE : Does the chimpanzee have a théorie of mind : behavioral and brain science n4, 1978). « La TDE désigne la capacité de reconnaitre un certain état mental – croyance, intention, désir, tendance, connaissance, etc. – à l’autre et de comprendre que cet autre a des croyances et des intentions qui sont différentes des siennes propres. » (Hors-série spécial sciences humaines n°14, nov. – déc. 2011). La connaissance de l’empathie chez l’homme dérive de ces observations, nous avons une représentation consciente de l’esprit de l’autre. L’observation des neurones miroirs permet d’extrapoler ces connaissances à la notion d’empathie. Nous avons une tendance naturelle à concevoir l’esprit de l’autre à distance. Pourquoi cela serait différent dans la lecture d’article sur internet. Si l’on considère que les connexions entre les individus servent de base à une conscience générale autour d’une idée, nous anticipons la réaction de ces individus et futurs lecteurs autour de nos expressions virtuelles. Nous donnons une expression de nous-mêmes dans la communication numérique comme dans toute communication. Si nous ne pouvons pas toujours lire les expressions du visage (le sujet de ce texte est une communication large, faisant intervenir trop d’internautes pour permettre une visualisation directe), nous pouvons lire les réactions des internautes via différents réseaux sociaux. Ainsi, ces réseaux sont une représentation de nos caractères, de notre identification numérique. Nous développons des réseaux de consciences, des réseaux neuronaux par recoupement, par transcription des perceptions de soi, par identification au groupe d’appartenance auquel nous voulons appartenir sur la toile. La question de l’identité est au cœur de l’évolution d’internet, que sommes-nous dans l’immensité des relations, des connexions, ne sommes-nous qu’un neurone dans ce cerveau mondial et numérique ? Chaque extrapolation, anticipation de sens correspond à un réseau de connaissances qui nous est propres et qui implique notre capacité à retrouver nos souvenirs dans une impossible reconstruction de nos savoirs anciens, cette extrapolation du savoir possible est une reconstruction d’un futur possible de connexion neuronale possible. Il apparait que notre intégration des savoirs possibles est une recherche de connexion possible. C’est ainsi que nous cherchons dans ce savoir planétaire une identification de nos centres d’intérêts. J’entends par intérêt la notion de possibles interactions futures qui nous pousse, nous motive dans certaine action, c’est une des théories de la motivation (fenouillet).

Pour qu’il y ait une véritable interconnexion, il faut donc une communication sur les savoirs en jeu. La manipulation des données entre personnes de même niveau d’intégration, ayant les mêmes capacités de compréhension, globalement les mêmes souvenirs sur les thèmes étudiés et donc une reconstruction semblable, permet de comprendre les liens entre les savoirs multiples présentés. Car le problème vient aujourd’hui dans cette multiplication des savoirs possibles dans le choix des données. Le développement des réseaux sociaux tient en partie dans cette reconnaissance entre pairs. La vraie démocratisation du savoir est la mondialisation de ce savoir.

"Les moteurs de recherche qualifiés de sémantiques accélèrent la vieille ambition humaine de rassemblement universel des savoirs. C’est ainsi que les moteurs de recherches tels que Google se sont lancés dans une entreprise de numérisation systématique des fonds de bibliothèques. Le projet « Google recherche de livre » s’efforce d’indexer tous les savoirs humains en numérisant les livres. Google se donne pour ambition d’« organiser les informations à l'échelle mondiale dans le but de les rendre accessibles et utiles à tous » (http://www.google.fr/about/company/) D’autres concurrents comme Microsoft lancent aussi des projets de recensement et numérisation comme Turning the page. Les bibliothèques publiques s’engagent aussi à l’instar de la BNF avec Gallica[2] ou pour l’Europe avec Europeana[3]. Une masse documentaire, de livres rares, d’ouvrages actuels deviennent intégralement ou partiellement disponibles selon les droits d’auteurs qui s’y attachent. Un autre Le deuxième phénomène est relatif à la diffusion des travaux de recherche. Les chercheurs sont invités par les initiatives internationales de Budapest (2001), puis de Berlin (2003) à mettre en ligne leurs archives . Cet appel fondateur de création d’archives ouvertes s’intéresse à la mise en ligne d’articles de recherche (Hyper Archive en Ligne), de thèses (cyber-thèse) et de résultats. La circulation des savoirs s’en trouve accélérée. Le projet sciences commons vise à faire émerger des stratégies de diffusion de la recherche scientifique et s’applique à négocier avec les éditeurs scientifiques pour supprimer tous les freins à la diffusion des informations scientifiques sur internet. Ce phénomène entraine avec lui la diffusion de travaux de recherche en cours (working paper) qui sans être définitifs donnent à voir le sens d’une recherche." "cristol denis" dans un article sur "La numérisation bouleverse les rapports aux savoirs" (Dans : APPRENDRE AUTREMENT est le blog dédié aux approches innovantes de la formation dans les organisations)

L’élitisme ne vient pas du lieu où le savoir est concentré, ou des personnes qui la détienne, mais des groupes qui l’étudie et cherche à le comprendre, à l’intégrer à leur propre matrice, et donc au groupe, à leur réseau social.

Quant à savoir si les réseaux sociaux sont le vecteur de cette conscientisation du savoir, je crains que le filtre des interfaces soit parfois réducteur de la pensée collégiale. Les moteurs de recherches eux aussi nous donnent accès à une partie de l’information. Mais nous ne pouvons comparer toutes les sources, alors il faut sélectionner ses sources. Faire confiance à certains sites, certaines personnes. Il faut filtrer l’information, l’utilisation des outils de veille du type « scoop it » est un exemple. Vous choisissez de suivre les choix de personnes d’intérêts communs qui référencent des sites, des articles ou vidéos. La connaissance informatique est une pierre de notre construction numérique personnelle. Notre capacité a entrevoir le monde est souvent fonction de notre capacité à le percevoir, et c’est encore plus vrai dans un monde hyper connecté.

Ceci explique sans doute partiellement le développement des MOOC (massive open online course). Sur une base de connaissance commune, le développement personnel est lié à la participation, aux échanges, aux interconnexions entre les participants. Notre souvenir est une reconstruction, un tissage des liens neuronaux. Nos souvenirs ne sont pas liés uniquement à la lecture d’un article, mais aujourd’hui, nous apprenons par de multiples canaux sur internet. Les notions sont transmises autant visuellement, auditivement, mais aussi de manière kinesthésique par manipulation au travers de jeux sérieux.

Donc 3 éléments :

Le savoir est une extension de la culture individuelle mondialisée, c’est une évolution darwinienne de la connaissance par adaptation aux moyens d’échange actuel.

La connaissance ainsi définie ne peut exister que par l’échange, l’interaction, l’autorégulation. La culture est une coconstruction, une confrontation de soi avec le savoir mondial, une interaction avec le milieu.

C’est un système complexe de liens infini qui s’auto entretient et se maintient comme tout système par une communication entre les éléments le constituant.

En ces mots nous sommes dans un système complexe au sens où le décrit Edgard Morin dans son livre « La méthode ». De même que les idées ont une vie dans la noosphère, le savoir, la connaissance aussi. Le savoir entretient des relations avec les individus, et dépend d’eux, des connexions que chacun entretient avec ces connaissances. Aujourd’hui, le savoir n’est plus figé comme une donnée absolue, si tant est qu’il ait pu être figé un jour, mais ce qui change c’est la rapidité de circulation, de transformation des données dans ce monde hyper connecté. Le système est « une unité globale organisée d’interrelations entre éléments, actions, ou individus ». L’écosystème n’est plus le même, c’est la biocénose qui est modifiée par les relations entre les individus qui sont démultipliés. La connaissance est modifiée par les apports constants des participants, par les connexions, les échanges, les confrontations. Ces incessantes communications entre cette sphère numérique, nouvelle noosphère, donne une autonomie à ce nouveau savoir déconnecté du réel, il prend vie, car il n’est plus dépendant d’un individu qui serait maitre de l’idée, de la théorie originale : son indépendance est la résultante du nombre de connexions internet. Le système est auto-entretenu par le dialogisme infini dû au milliard de participations. Néanmoins, l’accès au savoir est individuel. Il peut s’exercer en groupe, mais son appropriation est nécessairement individuelle. C’est par le filtre de nos connaissances personnel que nous traduisons, interprétons une donnée, ainsi chaque personne est un système à lui seul, il y a une communication entre l’environnement neuronal et l’élément nouveau, la connaissance entrante. Ainsi, tout un chacun s’autoorganise en fonction de son potentiel, de ses acquis, de ses capacités à percevoir le monde. Il faut ainsi considérer nos connaissances personnelles comme un outil permettant d’entrer en communication avec la noosphère du savoir et des idées. Notre capacité à utilis

er notre cerveau devient une variable déterminant les possibilités de mise en relation entre notre mémoire et le monde. Notre indépendance, notre capacité à être autonome dans ce nouveau monde est lié à cette possibilité de mise en relation. L’interconnexion entre le système individuel et le système globale détermine notre singularité, notre identité. C’est la cohabitation entre les milliards de systèmes qui crée le système global. Ainsi, les différences, les mécanismes d’adaptation, les capacités de chacun à s’intégrer crée la complexité et la richesse de cette organisation du savoir.

Le pédagogue devient dans ce monde un lien, une main tendue entre les composantes du système mondial d’idées, de connaissances. Il accompagne le visiteur dans cette toile, il le guide. La compréhension des mécanismes en jeu lui permet d’étendre les interconnexions naissantes, de mettre en relation ces cerveaux en construction avec ce monde changeant. Les jeunes aujourd’hui ne sont plus connectés avec ce monde figé du savoir livresque, transmis comme une vérité immuable. Tout adolescent voit cette folle sarabande de connexion, veut faire partie de ce monde aussi vivant que lui. Il veut surfer sur la vague de ses plaisirs. Le pédagogue intervient pour que les enfants prennent conscience de ce qu’ils sont, de ce qu’ils possèdent, son rôle est de leur montrer l’étendue de leurs possibilités, de les connecter. Il n’est plus question d’apprendre, mais de pouvoir apprendre ce dont on a besoin. Chaque enfant doit prendre conscience de lui pour prendre conscience du monde, la perception de soi permet de percevoir le monde. « Tout développement vraiment humain signifie développement conjoint des autonomies individuelles, des participations communautaires et du sentiment d’appartenance à l’espèce humaine » (Les sept savoirs nécessaires à l’éducation du futur).

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cristol denis 15/05/2013

Le texte est très riche et je suis en phase avec une large partie de ce qui est écrit. Il faudrait peut être (puisque vous m'avez demandé mon avis) l'organiser avec des idées fortes sous forme d'intertitres de sous-chapitres pour en faciliter la lecture

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